grooving

Grooving rassemble des textes écrits par le musicien-compositeur nantais Charles-Éric Charrier. Liés aux aventures musicales de l’auteur, ses textes déploient ici, dans un livre papier, une ampleur singulière. Avec ce nouveau projet, il nous ouvre une porte supplémentaire sur sa création.

 

Pendant une dizaine d’années, avec Rasim Biyikli, il a formé le duo MAN. Ces autodidactes inspirés ont enregistré trois albums, des musiques de film, travaillés avec des plasticiens, des chorégraphes. Depuis, Charles-Éric Charrier poursuit son chemin, multiplie les expériences, en solo ou avec des complices. Question de respiration, de tempo, de pulsation vitale. Attentif à ce qui le traverse (il revendique une non-maîtrise), il se joue des étiquettes et des frontières, s’aventure dans des territoires sonores non balisés. Des territoires sonores, mais pas seulement : il expérimente des manières de faire et partager différemment sa musique (de la salle de concert, aux cafés-concerts, en passant par le salon d’une amie ou un lieu improbable tel la tour LU), il fabrique des films avec son téléphone portable, imagine aujourd’hui un livre, et surprend une fois encore en étant là où on ne l’attendait pas.

 

Un musicien bricolant avec son téléphone des films où on entend sa musique et ses mots, un musicien assemblant ses textes (écrits sur une dizaine d’années et disséminés sur différents albums) pour un livre, ce musicien ne pouvait qu’accrocher les éditions bardane, curieuses de projets indisciplinés, méfiantes envers l’hyperspécialisation.

 

 

Lisant les mots de Charles-Éric Charrier, avec l’écho de sa musique et ses films qu’on garde en tête — puisque cela participe d’une même circulation —, on entend sa voix : parfois parlée, parfois murmurée, parfois marmonnée, grommelée. Elle récite, bougonne, gémit, ânonne, se parle à elle-même. Voix intérieure, bruissante, tremblante, chaude et profonde. Mots spatialisés sur la page, comme ailleurs dans la musique et les textures. Mots découpés sur le papier, dans un phrasé, le groove revendiqué par le titre et que le graphisme du livre accompagne.

 

Charles-Éric Charrier dépouille les mots de tout artifice. Leur force, comme celle de la musique, tient dans cette condensation, dans un déchaînement retenu, dans un calme et une simplicité, un équilibre tendu vers l’épure. L’aventure se joue avec subtilité, au plus près d’un mouvement intérieur. On perçoit un fond d’oralité et de contes, où le récit se tourne vers la quête de soi, où l’enfant est le héros de sa propre vie. On chemine dans des paysages faits de chaleur et de rugosité, de noirceur et de lumière, entre sentiment urbain, réminiscence africaine, mysticisme solaire et méditation contemplative, entre chanson française, poésie et haïku. Dans des paysages aux échappées inattendues. S’y décèlent par fragments, éclats, une intimité, un récit de filiation, le désir d’une transmission entre un fils devenu père à son tour et son enfant. S’entraperçoivent des sentiments amoureux, l’ambivalence des sentiments, d’anciens démons tenus à distance. Simple interprétation, car les mots de Charles-Éric Charrier, comme sa musique, ne ferment aucun chemin. Au contraire, ils font une large place à celui qui écoute, à celui qui lit. Le lecteur trouvera ses amers.

 

 

64 pages

format à la française 13,5 x 18 cm

illustrations bichromie

isbn 978-2-9541515-2-6

prix public : 10 euros

mai 2018